À découvert des lieux-dits / To uncovered from called-place

Pascal Cerchiario

Il est convenu de nommer notre époque l’ère des réseaux, caractérisée par une technologie «pervasive» qui recouvre littéralement les lieux, les objets, les usages. Plus spécifiquement, on constate ce processus en ce qui concerne les objets cartographiques en ligne, dont le contenu représente l’ensemble de la planète et qui a pour prétention, vocation, ambition d’apparaître en tous les endroits de celle-ci. On évoque très souvent le fantasme de la carte échelle 1:1 de Borges et d’Umberto Eco. Un des écueils que doit éviter ce projet est l’établissement d’un mode de relation, de représentation, d’apparition des territoires, des lieux, qui fait de ces derniers des lieux-dits, procédant d’une coïncidence entre le lieu et le dit, un lieu qui se dit en son lieu. On peut constater dans nos environnements des cas, des tendances de ce mode. A chaque fois s’opèrent un rétrécissement, une sélection, une correspondance ajustés d’un lieu avec des informations le concernant: une tautologie.
La technologie numérique peut néanmoins prendre ses distances avec ce mode d’expérience des lieux. Un outil en ligne, notamment cartographique, est sensible à son environnement. Il peut dysfonctionner, notamment dans les «zones blanches» où le réseau internet n’a pas encore été acheminé. Ces endroits sont des «déserts» où les cartes en ligne ne peuvent apparaître. A l’inverse, on parle d’ «oasis» pour les endroits couverts par les réseaux.
La sensibilité de la technologie numérique à son environnement peut être exposée: la pratique d’un dispositif de communication en ligne par l’image et le son permet de pointer, de cartographier ces «déserts», ces «zones blanches». Ce dispositif reliant par exemple un terminal mobile et un ordinateur permet d’enregistrer un flux d’images altérées par la qualité fluctuante du réseau internet. Ces déserts numériques sont très souvent des lieux-dits, au sens commun et pittoresque du terme, c’est-à-dire des endroits particuliers, reculés de la campagne, dont le nom est peut-être plus qu’ailleurs une création littéraire tautologique en ce qu’elle dit et décrit ce qu’on y voit, le paysage. La marque du lieu-dit réside dans le fait de dire ce qu’il y a où cela est.
Notre environnement est défini par plusieurs niveaux de réalité. L’environnement géographique et l’environnement technologique, numérique sont de ceux-là. Il y a des déserts et des oasis géographiques et numériques, il y a des lieux-dits géographiques et numériques. Mais ces deux derniers ne coïncident pas, au contraire une frontière les sépare, une frontière à laquelle sont sensibles les outils numériques en ligne. C’est au contact de ces plis qu’on peut déployer le dispositif technique de production et d’enregistrement d’images. L’opérateur, plus précisément l’un des deux, car les opérateurs humains travaillent avec le réseau, en réseau, l’un des deux donc marche dans le pays géographique. Il bute contre cette frontière, cette fluctuation du pays numérique. Les dispositifs souffrent et fixent une dernière image avant d’être hors-service. Cette image est l’ultime production du lieu-dit numérique, représentation altérée du lieu-dit géographique, d’un paysage à découvert.
L’enjeu n’est pas en soi le hors-service des outils numériques, leur économie, mais au contraire la manifestation de leur sensibilité, à situer dans le champ esthétique et non dans celui du service, voire de la servilité ou du dispositif. Il s’agit de soutenir la production de formes rendant compte des qualités des espaces, formes produites dans le moment et le lieu où des instruments sont en train d’échapper à leur disposition, leur disponibilité pour se présenter dans leur apparat.

We use to define our time the network one, characterized by a pervasive technology which covers places, items and uses. More specifically we can see this process with online cartographic tools which represent the whole world and aim for settle on every places. The fantasy of the map scale 1:1 is often recalled. One of its deadlock is making “called-places”, “lieux-dits” in French, that are systematic coincidences of the place and the call, a place which is called in its place. We are surrounded by this kind of cases. Every time the place and the datas about it correspond in a tight way: a tautology.
Digital technology is able to distance itself from this user experience of the localities. An online cartographic tool can’t appear in “white areas” where the internet network has not been yet forwarded. These spots are “deserts”, “oasis” on contrary are covered by networks. Some technical devices are sensitive to their technological environment and can expose this sensibility. An online communication device with sound and picture is one of them and let us point and map these deserts. The flow of pictures between a mobile terminal and a computer is distorted by the variable qualities of the network and is recorded.
These numeric deserts are often “called-places” understood in the common and picturesque meaning. They are localities in the country whom the name is a literary tautological invention which describe what we see where we see.
We live in many layers of reality, such as geographical and technological one. There are geographical and numerical deserts and oasis, geographical and numerical called places. These two last don’t coincide, a frontier separates them to what the online tools are sensitive. It’s upon contact this line that we can deploy and get to work the online communication device. The operator who manipulates the mobile terminal walks in the geographical land and bangs into the fluctuation of the numerical land. The device suffers and set a picture before being out of service. This picture is the very last production of the numerical called-place, distorted representation of the geographical called-place, an uncovered landscape.
The issue is not put off online tools but exhibit their sensitivity in an aesthetic field. It’s sustain the production of forms realizing qualities of spaces, production in time and place some instruments are getting away with their layout, their availability in order to occur in a prodigal way.

Pascal Cerchiario
né en 1987 en France, vit et travaille à Paris
cerchiariopascal@gmail.com
Formation
2013: Master Recherche Design, Medias Technologies, spécialité Design&Environnements, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Rédaction d’un mémoire Le désintéressement, une certaine attitude cartographique.
2010: DNAP option art à l’Ecole Supérieure d’Arts de Rueil-Malmaison
Je travaille actuellement à mieux définir les liens entre la recherche universitaire que j’effectue, ma pratique artistique, en vue notamment de formuler un sujet de recherche en thèse.
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born in 1987 in France, lives and works in Paris
cerchiariopascal@gmail.com
2013: Graduate in research Master Design, media, technologies, speciality Design&Environments at University Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Writing of a report untitled Disinterest, a certain geographical manner.
2010: Degree in School of Fine Arts in Rueil-Malmaison
I’m actually working towards a definition of links between theoretical and plastic angles of the research, in order to express a thesis subject.