« Explorations figuratives. Nouvelles lisibilités du projet »

Elisabeth Essaïan, Jean François Coulais

IPRAUS – ENSAB

Nous ne vivons pas la fin des cartes, mais plutôt un renouvellement des pratiques, des processus et des modèles figuratifs.  Avec les outils numériques et les processus participatifs, comme hier avec le papier et l’imprimé, la carte demeure un support de médiation essentiel à la recherche comme au projet. Elle s’exprime aujourd’hui à travers d’autres formes et d’autres supports. Elle engendre de nouveaux dispositifs et de nouvelles fonctions pour les acteurs… Nous défendrons l’idée que l’usage des cartes est un phénomène cyclique et que nous sommes actuellement dans une transition entre deux cycles de l’histoire des représentations. C’est précisément cette mutation en cours que notre programme de recherche se propose d’explorer dans le champ de la représentation du projet.
Les enjeux actuels sur le doctorat en architecture et en art interrogent directement les outils de représentation et de transmission.
Nous présenterons les problématiques qui articulent trois des six thèmes de ce programme et qui font l’objet de l’exposition qui accompagne le colloque :
Représentations et citoyenneté
Quelles sont les figures de médiation utilisées dans le cadre des actions dites concertées ou participatives ? Qui en sont les acteurs, au stade de l’élaboration comme de l’usage de ces dispositifs ? Quelles sont leurs attentes et leurs hypothèses quant au déroulement du processus ? Quels choix de langages visuels opèrent-ils? Dans quelle mesure et comment les divers outils et dispositifs de figuration sont-ils réajustés sur le terrain ? Comment communiquer les intentions de projet et permettre à chacun de les questionner ? Comment articuler les compétences et les intérêts de chacun tout en garantissant l’intérêt public ?
Représenter et modéliser le terrain
Mettant face à face deux démarches de représentation dont les logiques distinctes ont en commun de remettre en question les modes canoniques et traditionnels de figuration urbaine et paysagère – le relevé par photogrammétrie laser et radar et les transects urbains – il s’agit de comprendre comment ces démarches reconfigurent les objets sur lesquels le projet se fonde, agit et qu’il se propose de transformer. En donnant à voir des aspects du territoire qu’aucun autre procédé ne peut révéler, comment interrogent-elles les relations entre représentation, connaissance et projet ? Peuvent-elles faire émerger de nouveaux modèles susceptibles de bouleverser les codes classiques de la représentation ?
La représentation du projet comme outil de recherche
L’exploration figurative questionne les liens entre recherche et projet.
Comment d’un objet de recherche le projet peut-il devenir un outil de recherche ? Il s’agit ici d’interroger en quoi représenter un projet permet de produire de la connaissance, de spatialiser des questions, de construire une problématique, de participer à part entière au processus d’enquêtes et d’investigations et de constituer un savoir transmissible. Quelle est la capacité des outils de représentation du projet à imager les propos, à communiquer une idée, à formaliser une hypothèse, à formuler une vision future ?

Jean-François Coulais
Jean-François Coulais est géographe, titulaire d’un doctorat de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il a vécu six ans au Japon et aux Etats-Unis où il obtint un Master en Science & Technology Management à l’Université Harvard. Il développe depuis une vingtaine d’années une pensée originale sur les représentations de l’architecture, des villes et des territoires, à l’articulation des cultures techniques, sensorielles et symboliques dans lesquelles elles prennent racine. Ses premiers travaux de recherche sur les relations entre histoire urbaine et sites géographiques sont publiés dans la collection Terre des villes, qu’il créé et dirige aux Editions Belin de 1998 à 2004 avec Pierre Gentelle. Après avoir soutenu en 2011 sa thèse à l’EHESS sous la direction d’Augustin Berque et d’Antoine Picon, il a été chercheur à l’Ecole des Arts et Métiers (équipe de restitution numérique de l’abbaye de Cluny) et à l’Ecole d’architecture de Paris-Belleville (laboratoire IPRAUS/UMR AUSser). Il participe depuis 2008 aux projets de l’Atelier International du Grand Paris (équipes Grumbach et Brès-Mariolle) et enseigne depuis 2012 la représentation du projet urbain, l’histoire et la théorie de la ville et du paysage à l’Ecole d’architecture de Versailles. En 2015, il a publié Images virtuelles et Horizons du regard aux Editions Metispresses.

Elisabeth Essaïan
Architecte DPLG et docteure en architecture, Elisabeth Essaïan est enseignante à l’Ecole d’architecture de Paris-Belleville et chercheure au laboratoire IPRAUS/UMR AUSser. Ancienne pensionnaire de la Villa Médicis à Rome elle a consacré des travaux de recherche à l’architecture et l’urbanisme soviétiques de la période stalinienne. Elle s’est également intéressée aux vocabulaires urbains, en participant au programme de recherche « Les Mots de la Ville ». Ses derniers travaux de recherche portent sur les représentations cartographiques et sur les processus créatifs. En 2014, elle a publié Secrets de fabriques aux éditions Matières Premières/ENSAPVS. Elle enseigne également aux ateliers artistiques de Sciences-Po et au Smith College.

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